Ca n'allait pas parce qu'il y avait la fatigue, un épuisement à la saveur d'une lassitude confortablement installée.
Son corps prenait trop d'importance. Il était utile, c'est vrai. Sa capacité à produire des mouvements à la chaîne n'était pas plus mauvaise que celle d'un autre. Saisir le pommeau de douche. Attrapper le ballon. Se mordre la lèvre. Verser du lait chaud. Serrer une main. Lever la tête. Croquer dans un biscuit bourré d'huile hydrogénée. Ouvrir les yeux. Tirer la langue. Oui, utile. Ces gestes, habituels autant que mesurés, planquaient leur conformisme sous un masque de spontanéité.
Il lui manquait le piquant. Son regard était traître, pétillant d'une fausse joie. Ses fossettes étaient traîtres, se dévoilant dans un rire convenu. Ses lèvres étaient traîtres, embrassant par politesse. Ses jambes étaient traîtres, la menant où elle ne désirait pas vraiment se rendre. Son estomac était traître, tolérant ce qu'elle regretterait avoir ingurgité par la suite.
Elle s'en prenait à son corps. Ce n'était qu'un avatar sur lequel quiconque pouvait poser les yeux. Cela n'arrivait pas, mais la possibilité existait. Une machinerie complète obéissant aux désirs extérieurs. Après tout, que voulait-elle ? Chacun de ses voeux s'évanouissait avant de naître, le trop-plein de pression aidant. Elle ne voulait donc rien. C'était plus simple.
Son corps était. Une représentation. Qu'il était facile. De pointer. Du doigt.
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