lundi 10 décembre 2007

Tu m'observes, encore. C'est tout ce que tu sais faire. Me transpercer de ton regard, avec cet air qui me rend folle. Je le sais, tu passes au crible le moindre de mes mouvement, analyses chacune de mes paroles. Je le sais, je le sais, je le sais. Tu ne te lasses donc jamais ? Jamais. Ton sourcil se hausse, il me diminue. Je deviens petite sous ton regard. Je deviens... minuscule, ridicule. Hors d'usage. Et cela te plaît. Salaud. Tu te râcles la gorge. Moi, je voudrais parler, c'est tout ce que j'aimerais être capable d'accomplir, comme geste immédiat. Mais le son se bloque dans ma gorge. La tienne est toute-puissante, la mienne est en guerre avec elle-même. Les cordes vocales vibrent avec violence, elles se gifflent, en jouissent, elles m'abandonnent. Elles aussi. Je suis assise, là, sur cette chaise, et j'ai une pensée pour celui qui l'a fabriquée. Le menuiser, ou le petit chinois sous-payé, se doutait-il de ce qu'elle allait un jour servir à la captivité de quelqu'un, d'une femme, de moi-même ? Je suis captive de ton silence assourdissant. Parle, parle un peu, JUSTE un peu ! Tu n'en as même pas l'envie, c'est ça ? Tu m'abandonnes. Non, tu ne m'abandonne pas. C'est pire, tu ne me lâches pas du regard, le contrôle le plus absolu est en ta possession.
J'ai l'âme qui éclate. J'étire ma nuque, endolorie par une chaleur effroyable. Je me lève d'un bond, la chaise s'écroule à terre, je m'excuse mentalement pour le menuisier ou le chinois, me comprendront-ils ? Je récupère le contrôle. Je le possède, tu vois ? Non, tu ne vois pas, tes yeux ont disparus. Plutôt comique, je trouve. Tiens, tes lèvres se gomment de ton visage. Rien de très grave, au fond, tu ne semblais pas vouloir t'en servir pour m'adresser la parole. N'est-ce pas ? Mais je parle dans le vide. Ton corps s'est déjà condensé, un dernier souffle s'est fait entendre, et voilà. D'un seul regard, j'ai réussi là où tu avais échoué. Je t'ai assassiné.

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