samedi 15 décembre 2007
La pièce était peu éclairée, si bien qu'il était presque impossible d'y distinguer quoi que ce soit. Seules deux ombres, imposantes, informes, se détachaient de l'obscurité. Qu'entendait-on ? Pas grand chose. De temps en temps, un rire étouffé. Une voix peu sonore produisait un « chhh » continuel, le « chhh » poli mais quelque peu agacé qui ordonne en général à son interlocuteur de faire moins de bruit. Sur le rebord de la fenêtre, dont quelqu'un avait sans doute oublié de fermer les volets, un oiseau s'était discrètement posé. Attiré par l'agitation de l'intérieur, il se contentait de regarder, sans remuer une aile. Le « toc, toc » de son bec, tapant contre la vitre à chacune de ses respirations, éveilla l'attention de quelqu'un. Une faible lumière se mit à éclairer la pièce : c'était une lampe de poche que l'on venait d'allumer. Elle appartenait à un petit garçon que l'oiseau avait effrayé. En vérité, il avait craint d'être repéré par un adulte.
« - Qu'est-ce qu'il y a, Charlie ? »
La personne qui venait de parler avait fait l'effort de chuchoter, mais sa voix trahissait une certaine impatience.
« Rien... Rien du tout, j'ai entendu du bruit. C'était juste un oiseau. »
Charlie éteignit sa lampe de poche, tout en la gardant fermement dans sa main. Le noir ne l'effrayait pas, il y était habitué. Mais il entendait une multitude de bruits différents qui pouvaient provenir de tout et n'importe quoi. Le vent faisant claquer les volets, une infirmière se déplaçant dans les couloirs, l'éternuement d'un enfant, les miaulements d'un chat que l'on a oublié dehors... Tout cela pouvait faire bondir Charlie, tant il avait peur d'être surpris dans sa sortie nocturne. Il commençait à trouver l'attente un peu trop longue quand soudain, quelqu'un lui parla :
« Tu peux venir, ça y est ! »
La voix ne cachait pas son excitation. L'enfant n'attendit pas une seconde de plus pour faire tourner en vitesse les roues de sa chaise roulante jusqu'à la pièce d'à côté.
« - Surpriiiise ! »
Plusieurs personnent s'exclamèrent à l'unisson, tout en veillant à ne pas parler trop fort. Au même moment, quelqu'un alluma des bougies : c'était le minimum à faire pour que les gens puissent se voir, c'était également la solution la plus discrète. Lorsque la lumière lui permit de voir, Charlie n'en crut pas ses yeux. La pièce avait été décorée avec des ballons et des serpentins de toutes les couleurs. Sur une grande affiche que l'on avait collée au mur, « Joyeux anniversaire !! » était inscrit au feutre rouge.
« - Alors, qu'est-ce que tu en penses ?
- C'est... c'est génial. »
Charlie en avait les larmes aux yeux. Cette fête, il en avait rêvé. Mais lorsqu'il en avait parlé à son arbo-soignant préféré, Zeldra, c'était encore avec la conviction que cette envie serait irréalisable. Les adultes le disaient trop faible pour sortir de sa chambre d'hôpital; à l'idée d'une fête, leurs cheveux se seraient sans doute dressés sur la tête. Ses parents l'aimaient, mais que leur fils fasse le moindre effort susceptible de le fatiguer les rendaient morts d'inquiétude. C'est pour cette raison que Charlie n'avait pas osé leur en parler. Les arbo-soignants lui paraissaient généralement être de meilleure écoute. Ceux-ci avaient conservé une âme d'enfant, qui cohabitait habilement avec une sagesse propre à la Nature.
Charlie avait entendu parler d'un temps où les arbres ne faisaient pas partie de la société. Il arrivait d'en croiser quelques-uns, dans les villes, mais les hommes, trop absorbés par leur propres vies, ne leur prêtaient pas une once d'attention. Ces arbres finissaient alors par décréprir sous le poids de la solitude, et c'était à ce moment-là qu'un homme s'occupait d'eux pour la première fois : le balayeur, qui venait ramasser les feuilles mortes. Les arbres s'isolaient donc dans les campagnes, où ils formaient une véritable communauté que l'on venait rarement déranger. Cependant, ils ne menaient pas là une vie des plus exaltantes. De temps à autre, la présence de quelques promeneurs pouvait les distraire, mais ne parvenait à assouvir leur curiosité. Car les hommes étaient, pour les arbres, le sujet de beaucoup d'interrogations. Ils trouvaient étrange, par exemple, que ces personnes aillent à l'école, qu'ils exercent un métier par la suite, qu'ils portent des vêtements, fassent chauffer la nourriture... Mais qui étaient-ils donc pour avoir inventé tout cela ?
(Nouvelle enfantine, inachevée)
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire