Ce fut une belle journée, évidemment. Il y avait l'amour, la certitude, ce genre de choses. J'attendais juste le Père Noël, le gros barbu censé arriver chez moi par la cheminée alors que même mon frère et ses 30 kilos bien pesés ne le peuvent pas. Iutile de préciser que je parle en connaissance de cause, le lancer de petits frères par la cheminée est de loin mon sport préféré. J'avais préparé le verre de lait. J'avais déposé mes souliers sous le sapin. Ce dernier n'en était pas vraiment un, c'était juste une réplique en plastique, suffisament grande pour ne pas être ridicule, suffisament petite pour entrer dans le salon. Alors je l'attendais, ce sale type. Noël, c'est toujours pour les autres, mais pas totalement. Au même titre que vous, j'ai ma part d'implication dans l'événement. J'ai droit aux publicités qui abondent à la télévision, celles qui lavent le cerveau des enfants mais pas seulement. La tête prise par le slogan "Viiiiens par là, mon lapiiiin, c'est toi mon doudou caliiiin", vous connaissez ? Merveilleuse composition ! J'ai le droit, également, de dépenser mon argent en cadeaux censés m'acheter l'amour et le respect éternel des proches. Durant les mois qui suivent Noël je ne me nourris que de soupe, mais au moins je suis Dieu, parce que j'ai offert une Rolex au cousin éloigné à je-ne-sais-plus-quel-degrés. J'ai le droit de décorer ma maison. C'est pour attendrir les voisins. Les guirlandes lumineuses, le mélange de couleurs affreuses, les lutins en plastique, tout ça, ça les émeut les voisins. Il va de soi qu'ils en parleront pour les 32 Noëls à venir, de ma décoration, vestige d'une chaleur enfantine aujourd'hui perdue pour tous ceux qui veulent bien le croire. Parfois mes bras sont trop courts pour atteindre le toit de la maison. Tout ce que je veux, c'est y afficher une banderole imperméable, un "Joyeux Noël" rouge et or à l'attention du monde entier parce que je suis quelqu'un de généreux. Mais les bras sont trop courts, l'échelle n'aide en rien et je m'effondre, voilà. Alors Noël, je le passe seule, dans un hôpital aux murs blancs avec un sapin minuscule planqué dans un coin. Et je ris. La jambe cassée pour les fêtes, ça possède certains avantages. Le Père Noël, je ne l'attends plus. J'espère qu'au moins, il y aura un Doudou Calin (marque déposée) parmi mes cadeaux.

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