jeudi 27 décembre 2007
dimanche 23 décembre 2007
samedi 15 décembre 2007
La pièce était peu éclairée, si bien qu'il était presque impossible d'y distinguer quoi que ce soit. Seules deux ombres, imposantes, informes, se détachaient de l'obscurité. Qu'entendait-on ? Pas grand chose. De temps en temps, un rire étouffé. Une voix peu sonore produisait un « chhh » continuel, le « chhh » poli mais quelque peu agacé qui ordonne en général à son interlocuteur de faire moins de bruit. Sur le rebord de la fenêtre, dont quelqu'un avait sans doute oublié de fermer les volets, un oiseau s'était discrètement posé. Attiré par l'agitation de l'intérieur, il se contentait de regarder, sans remuer une aile. Le « toc, toc » de son bec, tapant contre la vitre à chacune de ses respirations, éveilla l'attention de quelqu'un. Une faible lumière se mit à éclairer la pièce : c'était une lampe de poche que l'on venait d'allumer. Elle appartenait à un petit garçon que l'oiseau avait effrayé. En vérité, il avait craint d'être repéré par un adulte.
« - Qu'est-ce qu'il y a, Charlie ? »
La personne qui venait de parler avait fait l'effort de chuchoter, mais sa voix trahissait une certaine impatience.
« Rien... Rien du tout, j'ai entendu du bruit. C'était juste un oiseau. »
Charlie éteignit sa lampe de poche, tout en la gardant fermement dans sa main. Le noir ne l'effrayait pas, il y était habitué. Mais il entendait une multitude de bruits différents qui pouvaient provenir de tout et n'importe quoi. Le vent faisant claquer les volets, une infirmière se déplaçant dans les couloirs, l'éternuement d'un enfant, les miaulements d'un chat que l'on a oublié dehors... Tout cela pouvait faire bondir Charlie, tant il avait peur d'être surpris dans sa sortie nocturne. Il commençait à trouver l'attente un peu trop longue quand soudain, quelqu'un lui parla :
« Tu peux venir, ça y est ! »
La voix ne cachait pas son excitation. L'enfant n'attendit pas une seconde de plus pour faire tourner en vitesse les roues de sa chaise roulante jusqu'à la pièce d'à côté.
« - Surpriiiise ! »
Plusieurs personnent s'exclamèrent à l'unisson, tout en veillant à ne pas parler trop fort. Au même moment, quelqu'un alluma des bougies : c'était le minimum à faire pour que les gens puissent se voir, c'était également la solution la plus discrète. Lorsque la lumière lui permit de voir, Charlie n'en crut pas ses yeux. La pièce avait été décorée avec des ballons et des serpentins de toutes les couleurs. Sur une grande affiche que l'on avait collée au mur, « Joyeux anniversaire !! » était inscrit au feutre rouge.
« - Alors, qu'est-ce que tu en penses ?
- C'est... c'est génial. »
Charlie en avait les larmes aux yeux. Cette fête, il en avait rêvé. Mais lorsqu'il en avait parlé à son arbo-soignant préféré, Zeldra, c'était encore avec la conviction que cette envie serait irréalisable. Les adultes le disaient trop faible pour sortir de sa chambre d'hôpital; à l'idée d'une fête, leurs cheveux se seraient sans doute dressés sur la tête. Ses parents l'aimaient, mais que leur fils fasse le moindre effort susceptible de le fatiguer les rendaient morts d'inquiétude. C'est pour cette raison que Charlie n'avait pas osé leur en parler. Les arbo-soignants lui paraissaient généralement être de meilleure écoute. Ceux-ci avaient conservé une âme d'enfant, qui cohabitait habilement avec une sagesse propre à la Nature.
Charlie avait entendu parler d'un temps où les arbres ne faisaient pas partie de la société. Il arrivait d'en croiser quelques-uns, dans les villes, mais les hommes, trop absorbés par leur propres vies, ne leur prêtaient pas une once d'attention. Ces arbres finissaient alors par décréprir sous le poids de la solitude, et c'était à ce moment-là qu'un homme s'occupait d'eux pour la première fois : le balayeur, qui venait ramasser les feuilles mortes. Les arbres s'isolaient donc dans les campagnes, où ils formaient une véritable communauté que l'on venait rarement déranger. Cependant, ils ne menaient pas là une vie des plus exaltantes. De temps à autre, la présence de quelques promeneurs pouvait les distraire, mais ne parvenait à assouvir leur curiosité. Car les hommes étaient, pour les arbres, le sujet de beaucoup d'interrogations. Ils trouvaient étrange, par exemple, que ces personnes aillent à l'école, qu'ils exercent un métier par la suite, qu'ils portent des vêtements, fassent chauffer la nourriture... Mais qui étaient-ils donc pour avoir inventé tout cela ?
(Nouvelle enfantine, inachevée)
vendredi 14 décembre 2007
Une déchirure résonne dans la salle. J'ai perdu des plumes. Tant pis. Un cri de douleur m'échappe, c'est lui le bonheur. Je fais partie des gens.
mercredi 12 décembre 2007
lundi 10 décembre 2007
J'ai l'âme qui éclate. J'étire ma nuque, endolorie par une chaleur effroyable. Je me lève d'un bond, la chaise s'écroule à terre, je m'excuse mentalement pour le menuisier ou le chinois, me comprendront-ils ? Je récupère le contrôle. Je le possède, tu vois ? Non, tu ne vois pas, tes yeux ont disparus. Plutôt comique, je trouve. Tiens, tes lèvres se gomment de ton visage. Rien de très grave, au fond, tu ne semblais pas vouloir t'en servir pour m'adresser la parole. N'est-ce pas ? Mais je parle dans le vide. Ton corps s'est déjà condensé, un dernier souffle s'est fait entendre, et voilà. D'un seul regard, j'ai réussi là où tu avais échoué. Je t'ai assassiné.
dimanche 9 décembre 2007
Dorénavant, je porte une paire de lunettes.
Mais je ne le trouve pas. Le courage n'est pas à sa place au service des objets trouvés.
samedi 8 décembre 2007
Ce fut une belle journée, évidemment. Il y avait l'amour, la certitude, ce genre de choses. J'attendais juste le Père Noël, le gros barbu censé arriver chez moi par la cheminée alors que même mon frère et ses 30 kilos bien pesés ne le peuvent pas. Iutile de préciser que je parle en connaissance de cause, le lancer de petits frères par la cheminée est de loin mon sport préféré. J'avais préparé le verre de lait. J'avais déposé mes souliers sous le sapin. Ce dernier n'en était pas vraiment un, c'était juste une réplique en plastique, suffisament grande pour ne pas être ridicule, suffisament petite pour entrer dans le salon. Alors je l'attendais, ce sale type. Noël, c'est toujours pour les autres, mais pas totalement. Au même titre que vous, j'ai ma part d'implication dans l'événement. J'ai droit aux publicités qui abondent à la télévision, celles qui lavent le cerveau des enfants mais pas seulement. La tête prise par le slogan "Viiiiens par là, mon lapiiiin, c'est toi mon doudou caliiiin", vous connaissez ? Merveilleuse composition ! J'ai le droit, également, de dépenser mon argent en cadeaux censés m'acheter l'amour et le respect éternel des proches. Durant les mois qui suivent Noël je ne me nourris que de soupe, mais au moins je suis Dieu, parce que j'ai offert une Rolex au cousin éloigné à je-ne-sais-plus-quel-degrés. J'ai le droit de décorer ma maison. C'est pour attendrir les voisins. Les guirlandes lumineuses, le mélange de couleurs affreuses, les lutins en plastique, tout ça, ça les émeut les voisins. Il va de soi qu'ils en parleront pour les 32 Noëls à venir, de ma décoration, vestige d'une chaleur enfantine aujourd'hui perdue pour tous ceux qui veulent bien le croire. Parfois mes bras sont trop courts pour atteindre le toit de la maison. Tout ce que je veux, c'est y afficher une banderole imperméable, un "Joyeux Noël" rouge et or à l'attention du monde entier parce que je suis quelqu'un de généreux. Mais les bras sont trop courts, l'échelle n'aide en rien et je m'effondre, voilà. Alors Noël, je le passe seule, dans un hôpital aux murs blancs avec un sapin minuscule planqué dans un coin. Et je ris. La jambe cassée pour les fêtes, ça possède certains avantages. Le Père Noël, je ne l'attends plus. J'espère qu'au moins, il y aura un Doudou Calin (marque déposée) parmi mes cadeaux.
